[Avis]L’homme qui voulait vivre sa vie un road movie intérieur

Au départ, de l’Homme qui voulait vivre sa vie, il y a un excellent roman de Douglas Kennedy. Camille m’a proposée de rédiger une critique avec un regard de lectrice sur ce récit que j’ai apprécié avant de le voir sur un grand écran. Vous pouvez lire notre double avis par ici. Je remercie encore la miss pour son hospitalité. Je vous retranscris sur NKOTG mon avis sur ce film français bouleversant.

Je redoutais la transposition des mots en image. J’ai toujours des sérieux doutes sur la volonté des réalisateurs de coller des images sur un pavé de 500 pages ou plus. Je dois avouer qu’une constante est restée. L’Homme qui voulait vivre sa vie roman ou oeuvre cinématographique vous plonge dans une histoire de crise d’identité, de recherche de soi et d’un couple en crise. Le nouveau film d’Eric Lartigau se présente comme une adaptation du livre, le passage au cinéma se fabrique sa propre version de Benjamin, Beth et les autres protagonistes avec une brochette d’acteurs séduisantes sur le papier.

Je n’ai pas pu m’empêcher de constater les variations entre les deux pendants. Entre les noms des deux héros américains deviennent français. Devenant Paul (Romain Duris) et Sarah (Marina Foïs),l’amant Gary/ Grégory , Jack devient une sublime Catherine Deneuve. Paul l’avocat en immobilier, Sarah l’écrivain sans succès, deux personnages enfouis dans un lourd bourbier relationnel. Les tensions sont palpables du début à la fin. Les clichés bobos sont présents

Le thème de fond ne s’altère pas. Je regrette de ne pas voir Paul d’avantage perturbé par l’abandon de ses enfants. J’ai le sentiment que Kennedy le traite différemment comme une part totalement importante de l’avancée des événements. Dans le livre, le héros cauchemarde en imaginant la tête de ses enfants suite à son crime. Les scènes imaginaires sont chocs. Je reconnais que Lartigau appuie sur le côté courageux de quitter son conjoint en ayant une progéniture. Qu’il dépeint le départ comme une obligation pour sauver de la honte ses deux garçons. J’ai été marqué par les adieux de Paul à son grand fils: Profite à quoi le gamin répond: oui toi aussi Papa profite. Profiter de quoi? de la vie? de son insouciance d’enfant qui ne nous oblige pas à faire des choix de raisons, à abandonner nos rêves. La vie d’adultes est bourrée de concessions, de choix plus ou moins douloureux.

Paul voulait être photographe. Il étouffe son désir pour se plier aux souhaits de son père dans le roman. Dans le film, il possède toujours sa collection d’appareils photos, nous devinons qu’il a abandonné ou du moins étouffé sa passion pour raisons familiales. Une femme et des enfants. A mes yeux, Paul veut photographier le monde à défaut d’observer son propre univers. L’objectif cache notre regard, ressort des émotions qui ne sont pas les nôtres, en transmet et les rend irréelle. Il permet de vivre par procuration.

Paul a une pensée qui frappe le coeur de parent qui bat dans ma poitrine « bien sûr je l’aime, mais je me demande si je l’aime bien » Il réfléchit à l’amour qu’il porte à son deuxième. Dans le film, la phrase est lancée comme une mini bombe en plein repas entre amis. Elle attise le conflit, creuse un fossé entre Paul et Sarah. Un peu comme une point de rupture qui marque le non retour au passé, plus un pas vers un autre avenir. Car, il en faut du courage pour se poser la question si nous sommes un bon parent, si nous aimons nos enfants comme il le faut. Si un amour reste immuable, inconditionnel c’est l’amour que nous portons à nos enfants. Certains spectateurs passeront à côté de l’immense tristesse qui se lit en Paul car laisser ses enfants, c’est comme quitter une part de soi. Paul parait peut-être ennuyeux, lourd, toujours à se plaindre, il n’en est pas moins un homme qui a opté pour un métier qu’il n’apprécie pas plus que cela pour le bien de sa famille. La raison l’a emporté sur la passion. Le bouleversement de la trahison, l’acte atroce commis sous l’impulsion des sentiments d’un coeur brisé pousse le héros à vivre. D’un événement tragique, l’homme va renaître tel un phénix. Le moment le plus poignant sera son premier geste gratuit, un cri de nouveau né retentira dans la salle. Romain Duris porte magnifiquement Paul dans son chemin parsemé de démons intérieurs ou non. Pour rien gâcher, il est séduisant (si vous avez apprécié l’Arnacoeur vous vous régalerez) La scène qui entraîne toute la suite est violente visuellement. Elle prend les tripes. Dans le roman, l’interrogation demeure sur l’accident ou la violence des sentiments trop forte qui pousse à commettre l’irréparable.

Sarah n’est pas en reste. Marina Foïs interprète une femme blessée, courageuse plus « sensible » que celle du roman. Beth se montre plus violente dans ses attitudes, plus froide, plus distante, méchante. La femme de Paul est le vrai déclencheur de sa quête d’identité. Son adultère les libère tous les deux d’un carcan tissé au fils des années. Elle se cherche dans un sens comme Paul. Elle opte pour la séparation avant de briser inévitablement les relations. L’amour est parti. L’argent n’a pas su garder le bonheur enfermé. Il faut croire qu’il n’achète pas tout. Le nouveau départ que Sarah met en place, bouleversera les vies de 4 personnes à jamais. Les tripes doivent vous remuer dans ce cas là. L’expression visuelle de Foïs dénote bien le tiraillement intérieur de son personnage. En vrai, Paul n’est pas le seul à vouloir vivre sa vie.

Si vous voulez poursuivre le voyage, plongez vous dans le roman de Douglas Kennedy. Les enfants ont une place différente toute aussi bouleversante. Et le chemin de Paul/Benjamin reste parsemé d’embuches. La violence des mots, des situations vous marquera. Pour les détracteurs qui ont soufferts du film de Lartigau comme j’ai pu le lire ici et là où le constater, l’ouverture demeure. Alors que dans le livre, le personnage quitte une prison pour une autre. Je ne vous spoilerez pas, et je ne vous raconterai pas l’histoire complète. L’Homme qui voulait vivre sa vie est à lire et à voir. Les mots, les silences transmettent énormément de choses, ils vous secouent, vous remuent et vous touchent plus ou moins selon votre propre existence. Il y aurat tant de choses à dire sur les 2 oeuvres, un seul article ne suffirait pas.

Eric Lartigau a réussi à écrire un Homme qui voulait vivre sa vie d’une remarquable façon. Il a respecté le travail de Kennedy, les images s’en ressentent plus que les mots. Visuellement, le réalisateur est parvenu à mettre en scène le monologue intérieur de Benjamin/Paul. Les doutes, les peines et la dureté des choix s’en ressentent. Malgré la fin qui se veut différente du roman, malgré les points de suspension, le film marque. Il fonctionne parfaitement comme une mécanique bien huilée. Les émotions sont au rendez-vous. Le labyrinthe de la vérité sur soi même demeure sinueux comme dans l’oeuvre de Kennedy. Certes, les personnages subissent des modifications voir des coupes dans leurs actions. L’idée n’en reste pas moins présente du début à la fin avec un traitement des événements bluffant et remuant.

Sortie: le 3 novembre 2010

ps: le plus de la soirée, j’ai pu voir Marina Foïs mon actrice préférée. Je suis sur un petit nuage. Merciiii aux organisateurs. Je vous mets la vidéo de l’interview de Eric Lartigau, Marina Foïs et du producteur d’EuropaCorp

Note: 9/10 à cause ou pour la fin.

4 commentaires sur “[Avis]L’homme qui voulait vivre sa vie un road movie intérieur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *