[ITW] Dexter: interview d’un spécialiste des serial killers Stéphane Bourgouin et vidéos

Le coffret de 5 DVD de la saison 2 de Dexter est sorti le 8 septembre. A cette occasion, un spécialiste des sérial killeurs (tueurs en série) Stéphane Bourgouin donne son avis sur la série à travers une interview. Je vous en propose la retranscription. Vous trouverez également à la fin deux vidéos de Michael C. Hall et Erik King.


Tout d’abord, pouvez-vous nous rappeler votre parcours s’il vous plait ?
J’y suis venu un peu par hasard parce qu’en 1976 ma compagne a été violée et assassinée à Los Angeles où je vivais à l’époque. Pendant deux ans je n’ai pas eu de nouvelles, enfin que des nouvelles négatives via des enquêteurs qui étaient restés en contact avec moi. Puis en 1978, l’inspecteur du LAPD m’appelle pour me dire que l’assassin a été arrêté, qu’il est passé aux aveux et qu’il a tué une douzaine d’autres femmes à travers le territoire américain. Donc à partir de ce moment là, j’ai voulu en savoir plus sur le tueur. J’ai eu accès à ses aveux et à ses interrogatoires par les policiers, et ce qui m’a frappé, le deuxième choc après le meurtre de ma compagne, c’est que son mobile apparaissait comme un crime totalement gratuit. J’ai voulu, comme une sorte d’exorcisme, en apprendre plus sur ce type de criminels, à l’époque on ne parlait pas du tout de serial killers, on est en 1978, le mot reste encore à inventer. J’ai cherché des livres sur le sujet, en anglais ou en français, je n’en ai trouvé aucun : personne ne s’était encore intéressé à ce type de criminels qu’on qualifiait à l’époque de manière erronée de « tueur fou ». Donc j’ai décidé de mener mes propres recherches, aidé en ça par un auteur de roman policier américain qui est décédé maintenant qui s’appelait Robert Bloch, qui avait écrit notamment le PSYCHOSE d’Alfred Hitchcock, dont j’étais un de ses traducteurs et de ses très bons amis. Grâce à cet inspecteur du LAPD, qui m’a mis le pied à l’étrier en quelque sorte et qui m’a permis d’accéder à des dossiers et des archives, et même de l’accompagner sur des enquêtes sur des criminels sexuels ou des multirécidivistes, en 1979, j’ai interrogé mon premier serial killer Richard Chase « le Vampire de Sacramento » et depuis cette date là, j’en ai interrogé un peu plus de 70 à travers le monde. J’ai travaillé à la demande de la gendarmerie nationale pour eux, pour m’occuper de la formation de leurs officiers et directeurs d’enquête, donc je leur donnais mes analyses des scènes de crime et de psychologie en matière de tueurs en série, cela pendant un peu plus de 12 ans. Je suis aussi le fondateur d’une des trois plus grandes associations de victimes de tueurs en série en France, qui s’appelle Victimes en série. J’ai écrit à ce jour plus de 20 livres sur ce sujet, donc certains ont été traduits dans 17 langues (le titre qui a marché le mieux : SERIAL KILLER chez Grasset, vendu à plus d’un million d’exemplaires). J’anime enfin au quotidien un site internet sur la criminologie et les faits divers, site qui reçoit entre 9 et 11 000 de visiteurs uniques par jour.

Vous avez dit qu’en 1976, le terme de tueur en série n’existait pas. Vers quelle époque ce genre de phénomènes a-t-il été reconnu ?
Principalement c’est au milieu des années 80 quand l’académie nationale du FBI à Quantico a créé une unité qui s’appelait à l’époque le BSU (Behavioural Science Unit). Selon la légende, ce serait l’un de leurs agents qui aurait inventé le terme. Mais on trouve déjà le terme de « Serial criminal » ou « serial murderer » dans des articles de la presse anglaise qui précède cette « invention du FBI » (rires)

Pourquoi les tueurs en série exercent à ce point une fascination pour être autant repris dans le cinéma et la littérature ?
C’est très simple. Ça date de 1991 avec LE SILENCE DES AGNEAUX et de son succès planétaire. Comme tout phénomène planétaire qui réussit, ça donne envie à d’autres réalisateurs ou à des compagnies de production de télévision de mettre en route des fictions similaires. Les tueurs en série ont déjà existé dès le début du cinéma. Du temps du cinéma muet, il y avait déjà plusieurs films de tueurs en série. Au début du parlant, M le Maudit ou Drôles de Dame de Michel Carné sont des films de tueurs en série. Donc il y en a eu de tout temps mais peut-être qu’aucun film n’a eu autant de succès que LE SILENCE DES AGNEAUX. Ça permettait aussi de renouveler en quelque sorte ce bon vieux classique de la lutte du bien et du mal, qui apparaissait autrefois dans les films policiers des années 30/40/50 où le détective traquait le gangster au chapeau mou, alors que maintenant c’est plutôt le profiler ou l’analyste comportemental selon les pays qui va décortiquer la psychologie, le rituel spécifique du tueur en série. Le tueur en série fait un méchant qui correspond peut-être aussi à l’ogre des contes de fées d’autrefois. De tout temps on a eu des méchants : autrefois c’était Jekyll&Hide ou la créature de Frankenstein, au début des années 50 avec la peur atomique, c’était les monstres type Godzilla créé par le nucléaire et aujourd’hui le serial killer représente peut-être le mal absolu de notre société.

Selon vous, quel est le tueur en série le plus réaliste du cinéma ?
Le plus réaliste c’est forcément des films qui se basent sur la réalité des faits. Je dirai par exemple deux films de Richard Fleischer, L’ETRANGLEUR DE BOSTON avec Tony Curtis basé sur un cas réel et L’ÉTRANGLEUR DE LA PLACE RILLINGTON, ce sont des exemples de films assez réalistes sur le phénomène. Je citerai aussi un film indépendant à tout petit budget HENRY, PORTRAIT D’UN SERIAL KILLER de John McNaughton que Martin Scorsese considère d’ailleurs comme un des plus grands films américains de tous les temps. J’y ajouterai encore peut-être un autre film THE HONEYMOON KILLERS de Leonard Castle des années 70 qui est assez réaliste de ce point de vue là.
Sinon la plupart des autres films ne correspondent pas du tout à la réalité du tueur en série tel qu’il est. Parmi les clichés qu’on retrouve et qui n’existe pas dans la réalité, il y a par exemple que le tueur en série cherche à tuer ou à traquer le policier qui mène l’enquête sur lui ou la profiler, parce qu’en général les profilers sont des femmes dans les fictions. Tout ça ne correspond pas du tout à la réalité. Pour revenir au SILENCE DES AGNEAUX et au tueur tel qu’il est présenté par Anthony Hopkins via Hannibal Lecter, il n’existe pas de tueur aussi sophistiqué, aussi manipulateur, aussi connaisseur en vins fins, conservateur de musée à Florence parmi les serial killers. En règle générale ce sont plutôt des individus en marge de la société, qui sont pas toujours bien intégrés et qui ont généralement un casier judiciaire assez fourni. De toute façon, on ne peut pas se permettre de faire un portrait type des tueurs en série parce que moi qui en interroge depuis plus de 30 ans maintenant, je n’en ai jamais rencontré deux qui soient similaires.

Qu’avez-vous pensé de Dexter ?
J’adore Dexter, c’est une de mes séries actuelles préférées. Puisque j’ai une société de distribution de DVD où j’ai déjà sorti près de 500 films, je suis un grand cinéphage, un grand consommateur de film. J’ai pas loin de 30 000 films en VHS et DVD chez moi avec une vraie salle de cinéma, donc je consomme beaucoup de séries et je dois dire que c’est une de mes séries préférées. Notamment, c’est un des plus beaux génériques de l’histoire des séries télé, et puis les acteurs sont tous parfaits depuis Michael C. Hall jusqu’aux petits rôles comme Masuka qui sont vraiment excellents.

Il me semble que vous avez interviewé Manuel Pardo, l’homme qui aurait inspiré Dexter…
Je n’ai pas interviewé Manuel Pardo mais je suis en correspondance avec ce serial killer qui était un ancien policier de Miami et qui avait fait la une de tous les media locaux à l’époque. Donc, à mon avis, même si Jeff Lindsay l’auteur des roman n’a jamais accrédité qu’il se soit inspiré de ce cas là, comme il habitait à Miami à cette époque il ne peut pas ne pas avoir connu le cas de MP. C’est peut-être inconscient de sa part mais Manuel « Manny Pardo » est en quelque sorte le modèle sur lequel se sont basé Jeff Lindsay et les scénaristes. Et d’ailleurs dans la 3ème saison, il y a un indice qui va tout à fait dans ce sens, un petit clin d’œil, puisque le rôle du procureur joué par Jimmy Smits s’appelle Miguel Prado. Curieusement personne ne l’avait remarqué avant que je l’indique lors d’une interview dans TV Mag ou sur des sites internet par rapport à Dexter. Lui aussi avait un rituel très particulier, qui est tout à fait différent de Dexter, mais il tuait aussi que des méchants. Là c’était des trafiquants de drogue, ce qui là est différent de la série, mais avec un rituel très bizarre : dès qu’il avait abattu une de ses victimes, un de ses trafiquants de drogue, il prenait des photos polaroïd de ses victimes et ramassait les douilles. Quand il rentrait chez lui, il brulait les douilles et les clichés polaroïds pour que les âmes de ses victimes ne viennent pas le hanter par la suite. Dexter c’est plutôt les échantillons de sang, le vrai c’était donc ses photographies qu’il gardait en souvenir.

On a constaté que de nombreux serial killers ont connu une enfance traumatisante (violence, abus sexuel, abandon…). Un traumatisme comme celui de Dexter [ndlr : voir sa mère assassinée dans un bain de sang] pourrait être suffisant pour engendrer un serial killer ou serait-ce un acte trop ponctuel ?
Je pense qu’il n’y a pas que ça comme traumatisme puisque dans la 1ère saison on a aussi tous les flashbacks sur son père et sur le père qui l’entraîne a tuer et qui a un passé sulfureux, puis qui l’initie à la chasse, au maniement des armes, lui apprend comment se débarrasser des corps… Je dirai qu’il n’y a pas que le traumatisme que vous citiez qui est à l’origine de ses forfaits. Il y a aussi quelque fois dans la réalité des tueurs en série qui n’ont pas subi de traumas ou d’abus durant leur enfance, j’en ai interrogé.

Trouvez-vous le personnage de Dexter crédible ? En quoi diffère-t-il/colle-t-il à la réalité des serial killers ?
Obligatoirement il est crédible puisque dans la réalité on eu un policier/tueur en série qui a existé ! Sinon après tout c’est de la fiction. Mais c’est arrivé aussi qu’on ait d’autres tueurs en série réels qui étaient policiers, il n’y a pas que Manuel Pardo. En Floride, il y en a un autre que j’ai interrogé qui s’appelait Gérard Schaefer qui était shérif adjoint dans le comté de Broward qui a tué 34 femmes. Il les prenait en autostop en profitant de sa fonction. Et il y a eu d’autres cas de tueurs en série policiers ou gendarmes : en France aussi on a eu des tueurs en série qui faisaient partie des forces de l’ordre.

Dans toute la série, Dexter ne s’attaque qu’à des criminels, de même pour Manuel Pardo qui s’attaquaient à des trafiquants de drogue. Un serial killer pourrait-il avoir ce discernement/cette rationalisation de son acte ou n’agirait-il que par pulsion ?
Les tueurs en série avec une vraie mission et qui s’y tiennent, un peu comme le tueur dans SEVEN suivant les 7 Péchés Capitaux, tout ça appartient plutôt au domaine de la fiction. En général les tueurs en série, sauf s’ils sont psychotiques, c’est-à-dire s’ils ont des hallucinations ou des délires, ce qui est le cas pour seulement une infime minorité d’entre eux, ne vont pas fonctionner à partir de mission ou de choses qu’ils auront intellectualisé. C’est quelque chose de beaucoup plus basique que ça. Ce n’est pas forcément d’ailleurs des crimes de nature sexuelle comme on peut le croire. Chez eux, c’est plutôt ces pulsions de plaisir de tuer, d’acquérir le contrôle et ce sentiment de toute puissance par rapport à la victime, ce sont vraiment des mots clés chez eux. C’est donc ce plaisir de tuer et le fait que l’on a affaire à des personnalités de type psychopathes, qui n’ont aucun empathie pour les autres êtres humains et qui sont incapables de sentiments. C’est notamment bien montré dans les 2 premières saisons de Dexter, cette difficulté quand il feint d’avoir des sentiments ou des orgasmes dans les relation sexuelles avec sa future épouse.

Dexter s’attache dans cette saison à Rita et va par la suite créer une famille avec elle. Un serial killer en est-il capable ?
Oui tout à fait. Deux des tueurs les plus prolifiques, pour ne parler que des Etats-Unis puisque Dexter est américain, le « BTK Strangler » Dennis Rader ou le « Green River Killer » Gary Ridgway qui ont tué respect 12 et 49 personnes, c’est les deux cas qui ont beaucoup marqué les américains ces derniers années, étaient tous les deux mariés et ont élevé des enfants. Dans la période où ils élevaient leurs enfants et se sont mariés, ils ne tuaient pas à ce moment là. Ils ont interrompu leur carrière criminelle pendant un temps. Donc on a chez eux une vie sentimentale, comme on l’a eu avec Guy Georges, « le tueur de l’est parisien », qui avait une vie sentimentale normale, des relations sexuelles avec sa compagne dans les différents squats où ils vivaient, et la nuit, deux heure après, il partait traquer, violer, égorger des jeunes enfants. Donc il y a ce qu’appelle un certain nombre de psychiatres français le « clivage » d’un personnage, c’est-à-dire véritablement une frontière entre leur vie personnelle et leur vie fantasmatique qui compte bien plus pour eux. Cette vie fantasmatique, c’est ce que j’ai expliqué, c’est ce sentiment de puissance et de contrôle de la victime.

D’où provient ce clivage ? Est-il lié à un évènement ?

Ça peut être un évènement. Ils sont un peu comme des bombes à retardement, qui vont attendre un élément déclencheur qui peut être un élément banal de l’existence ou un moment de stress qu’ils vont tenter d’évacuer en tuant ou en mutilant quelqu’un d’autre. Mais on ne devient pas tueur en série comme ça en se disant « chic je vais être aussi connu que Dexter demain ! » (rires). Il faut environ une quinzaine d’années pour construire la personnalité d’un tueur en série. On le voit bien dans les 2 premières saisons de Dexter par exemple.

Les serial killers reçoivent souvent un « nom de scène », que ce soit dans Dexter ou dans la vie réelle. Est-ce le simple fait des journalistes ou est-ce que cela traduit un besoin populaire d’éloigner le serial killer de l’être humain (reconnu par sa carte d’identité) ?

Non, même certains policiers ont inventé des pseudos pour les enquêtes par exemple Richard Ramirez « le tueur satanique » de LA dans les années 80, c’était les policiers qui l’avaient le prédateur de la nuit et après le titre est resté dans les media, mais en règle générale c’est plutôt les media qui vont attribuer un surnom à ce tueur en série. C’est d’ailleurs très curieux quand on regarde les différences entre la presse écrite française et internationale, Guy Georges était « Le Tueur de l’Est Parisien » pour la presse française, mais par exemple en Belgique, aux Pays-Bas ou en Angleterre, il était surnommé « La Bête de la Bastille » (The Beast of Bastille). Oui, en règle générale, les cas les plus importants on a tendance à leur attribuer un surnom.

Pour finir, vous êtes plutôt Patrick Bateman ou Dexter Morgan?
Sans l’ombre d’un doute, Dexter, parce que je n’aime pas du tout le roman de Bret Easton Ellis. Je n’aime pas du tout non plus le film, je suis donc à fond Dexter.

Conversation avec Michael C. Hall (Dexter Morgan) & Erik King (James Doakes)


Michael C. Hall :


Dexter – Conversation avec Michael C Hall
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Erik King (James Doakes):


Dexter – Conversation avec Erik King
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