[Avis][Adaptation] Le Géant égoïste (The Selfish Giant) de Clio Barnard

Le Géant égoïste (The Selfish Giant) possède la photographie triste d’une banlieue anglaise, avec ses petites maisons, ses habitants et sa vie quotidienne. Je dis triste, car le sentiment qui se dégage de l’atmosphère est loin d’être joyeux. Il a une touche mélancolique avec ses briques délavées, les usines fermées, cette impression que le soleil ne brille jamais bien longtemps. La crise est omni-présente. Et pourtant, dans ce lieu, une amitié farouche ressort avec deux personnalités totalement différentes.

Le Géant égoïste - Affiche

Synopsis:

Arbor, 13 ans, et son meilleur ami Swifty habitent un quartier populaire de Bradford, au Nord de l’Angleterre. Renvoyés de l’école, les deux adolescents rencontrent Kitten, un ferrailleur du coin. Ils commencent à travailler pour lui, collectant toutes sortes de métaux usagés. Kitten organise de temps à autre des courses de chevaux clandestines. Swifty éprouve une grande tendresse pour les chevaux et a un véritable don pour les diriger, ce qui n’échappe pas au ferrailleur. Arbor, en guerre contre la terre entière, se dispute les faveurs de Kitten, en lui rapportant toujours plus de métaux, au risque de se mettre en danger. L’amitié des deux garçons saura-t-elle résister au Géant Egoïste ?

Le Géant égoïste - Photo Conner Chapman, Shaun Thomas

Je me suis prise d’affection pour ses deux gamins laissés pour compte. J’ai craqué sur leur souffrance. J’ai eu le coeur serré. Je suis sortie de la projection avec les larmes aux yeux. Cette petite boule au creux du ventre, de voir que le monde n’est pas un joli arc-en-ciel plein de couleurs, les enfants n’ont pas toujours le choix d’en être vraiment, leur innocence part à l’eau par le gré du destin. Les deux jeunes héros sont obligés de faire des choix d’adultes avant l’heure. Les images et les mots sont rudes. Les déjà-vus, et le fil déplairont à certains, pour ma part, j’ai été happée par Fenton, par son ami, par l’ensemble qui propose une adaptation du conte d’Oscar Wilde décalée. Etrangement, des personnages comme Kitten (Sean Filder) paraissent double, il donne la sensation d’avoir une conte de Dickens avec un clin d’oeil à Scrooge ou Fagin.

Conner Chapman capture littéralement toute l’attention sur lui. Le jeune acteur est une mine énergique sans fond. Il a une aura dévastatrice. Il prête à la perfection ses traits à Arbor. L’enfant semble perdu, il est « hors-norme », j’entends par là qu’il souffre de troubles du comportement, son manque d’attention le fait sortir du moule. Le jeune garçon est en colère contre le monde entier. Faut dire que son aperçu de l’univers n’a pas de quoi non plus le faire sourire. Quelque part, Arbor du haut de ses 13 ans est le reflet de cette jeunesse perdue, qui si elle sort de l’ordinaire ne trouve pas forcément les réponses adéquates à ses actes.

Face à lui, Shawn Thomas joue un Swifty calme, pondéré, rondouillard, plus en retrait. Le poids du monde semble peser sur ses épaules. Les deux enfants forment le coeur du film. Sans eux, l’essence de l’histoire n’aurait pas la même saveur. La tension monte au fil des scènes, l’amitié des deux héros se ressent tendue.

Le Géant Egoïste n’est pas drôle, il touche par sa profondeur sombre, par ses jeunes héros, par son amitié, par son côté « parfois il faut perdre une chose pour se rendre compte combien elle nous était précieuse ». La musique âpre accompagne les aventures de ces écoliers qui fuient les bans de l’éducation, naviguent dans un monde de courses hippiques et de ferrailles. Le voyage s’avère tragique, les larmes ponctuent les performances des acteurs. Sans tomber dans la critique de la misère, Clio Barnard offre un visage d’un monde touché par la crise économique qui bouleverse deux enfants.

Note:

8/10

Informations:

Sortie: 18 décembre 2013 / Distributeur: Pyramide Distribution / Genre:

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