[Avis] Prisoners de Denis Villeneuve

Denis Villeneuve (INCENDIES) le réalisateur de PRISONERS, nous plonge dans un labyrinthe d’émotions avec son nouveau film. Je dis nous car le long métrage hape complétement le spectateur. Les sujets avec les enfants en thème ont une légère tendance à me rendre nerveuse. Faute à THE BOX, SHUTTLER ISLAND, LES EVADES DE L’ILE DU DIABLE, appelez moi petite nature si vous voulez. J’ai juste le coeur sensible dès qu’on touche aux minis. Ici, nous partons dans une enquête d’enlèvements d’enfants. J’ai mis un pluriel… vous verrez pourquoi en allant le voir. Le passé revient comme un boomerang dans un sens.

Synopsis:

Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable… Les jours passent et les chances de retrouver les fillettes s’amenuisent…

Prisoners - Affiche

L’ intrigue possède des visages étonnants, aux facettes captivantes. La noirceur des événements frappent et étouffent. L’ambiance se pèse d’un voile sombre. A plusieurs moments mon coeur s’est serré. Etant parent, je me suis trouvée confronter à une question: « quels sont les limites que nous avons pour protéger nos enfants? » Ne serions nous pas prêts à tous pour les sauver? » Je me suis sentie mal à l’aise, tiraillée. Les monstres nous font devenir des monstres quand on touche à notre progéniture. Quelles sont les limites que nous sommes prêts à franchir dans un cas extrême? Que ferions nous de nos idées, de nos principes, de nos croyances? Le cercle est-il excusable? Pénétrer la barrière du bien et du mal… rentrer dans un dédale de chutes pour la survie de son enfant kidnappé, pour apprendre où il est…

Denis Villeneuve offre un récit assez sombre. Il dépeint la réaction d’un père face à sa douleur, à sa quête de retrouver sa fille. Les images se parent d’une photographie peu lumineuse, qui joue avec les teintes angoissantes, tristes et inquiétantes pour appuyer les sentiments de ses personnages. La situation est sinistre. Elle semble inéluctable, même les statistiques des heures égrenées rend lourd l’atmosphère. L’attention est captivée, l’envie de savoir si les fillettes auront une « rédemption ».

Le scénario dense contraste avec ses deux fillettes, deux familles touchées par le drame, deux univers différents. Celle de Keller Dover (Hugh Jackman) artisan, religieux, possédant un stock pour survivre à des attentats et celle de Birch ( incarné par Viola Davis et Terrence Howard). Les réactions du second couple sont moins poussées. Ils sont choqués, mais décident de fermer les yeux craignant que le seul moyen de sauver leur enfant et d’agir comme Keller. Les différents protagonistes m’ont littéralement fait intégrer le film. J’étais complètement prise dans la narration. Dover est brillamment interprété par un Jackman inquiétant, terriblement terrifiant dans ses décisions, et qui poussent à s’interroger sur notre propre cas si nous étions confrontés à sa douleur. La crédibilité de ses action dans son rôle de père est bluffante. Sa foi (parfois trop omniprésente à mon goût) lui permet de ne pas sombrer totalement, de tenir sur la fine parcelle d’humanité qui le sépare de l’innommable. Il s’entête, et refuse de voir plus loin. Paul Dano est un mélange subtil de fragilité et de « il est flippant, tordu ». Sa séquestration tire en longueur…comme d’autres points dans PRISONERS.

Prisoners - Photo Jake Gyllenhaal, Paul Dano

Face aux parents, l’inspecteur Loki (non non ce n’est pas le frère de Thor – je détends un peu) joué par Jake Gyllenhaal confirme tout le bien que je pense de lui depuis plusieurs films. Les mains liés par le système, il enquête sur toutes les pistes qui s’ouvrent à lui. Il ne reste pas obséder par Dano. Il cherche. J’avais déjà trouvé l’ interprétation de policier incroyable de Gyllenhaal dans End of Watch, là, il se plante encore un cran au dessus. Il est déterminé, bon, un poil énervant pour certains points. Je rage un tantinet sur les indices qui sautent comme un nez au milieu de visage pour ma part, et que Loki met trois plombs à découvrir, lier ensemble. J’avais vu plusieurs ramifications, l’attention aux moindres petits trucs, un peu comme dans USUAL SUSPECTs, tenir l’oeil ouvert, laisse entrevoir plusieurs pans de la complexité des liens entre les personnages.

PRISONERS est une oeuvre brillante. Un thriller réussi prenant aux tripes, poussant les personnages dans leur retranchement. Il montre le dédale d’un esprit qui tente de s’accrocher pour la chair de sa chair, il montre les conséquences du passé sur le présent. Le récit est intense, troublant, captivant, poignant et dérangeant. Le casting mène haut la main leur rôle à la perfection. Les protagonistes sont attachants, dépassés, ils s’accrochent du gentil au méchant. Les émotions prennent vie, surprennent. L’intensité subsiste jusqu’à la dernière seconde.

Note:

9/10

Plus d’informations:

Sortie: 9 octobre 2013 / Distributeur: SND Films/ Genre: Thriller

Casting: Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Maria Bello, Terrence Howard, Melissa Leo, Paul Dano, Dylan Minnette, Zoe Borde, Erin Gerasimovich, Kyla Drew Simmons, Wayne Duvall, Len Cariou...

Twitter : @SNDfilms et #Prisoners

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