[Avis] Ingrid Jonker (Black Butterflies) de Paula van der Oest

Moment heureux moment volé au temps

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un coup de coeur: Ingrid Jonker. Je connaissais la poètesse avant de voir l’oeuvre de Paula van der Oest. Dur de résumer la vie d’un être en un seul long métrage, le pari est risqué et pas toujours habile. L’existence d4ingrid est complexe pour se voir réduite à 1H30 et pourtant le résultat est au rendez-vous.

Femme d’exception, femme de caractère, femme amoureuse, femme attachante, femme blessée… Ingrid Jonker est brillamment interprétée par Carice Van Houten. L’actrice transmet à la perfection les émotions ressenties par la femme de plume. J’ai été transportée par le portrait dépeint: l’être afrikaner et africaine, l’être en quête d’amour, l’être somptueux qui cache ses ailes. J’ai eu les yeux teintés de larmes devant la désillusion de la recherche d’amour paternel. J’ai eu un sourire face à cette créature sans limites à la sexualité libre. Pour l’époque, Ingrid a eu du courage. Elle est allée au bout de son destin, a aimé comme elle le pouvait.

Plusieurs scènes sont d’une violence émotionnelle qui secouent. L’avortement est tristement abordé. Les aiguilles et la douleur engendrées sont vives, j’ai eu l’impression d’être à côté de l’héroïne, de la sentir sombrer. C’est terrifiant. La quête incessante d’un foyer, d’un endroit heureux ressort à chaque instant. La descente aux enfers se pare d’un manteau lumineux. Les acteurs sont mis en valeur dans un écrin de paysage chaud ou froid selon l’atmosphère désiré. Rutger Hauer en père charismatique, apparaît cruel et si glaçant. Liam Cunningham somptueux en amoureux torturé, qui sera jusqu’au dernier instant attaché à Ingrid. Parfois aimer ne suffit pas.

Papa regarde moi! Je suis Ingrid, j'existe.

Le visage qui nait sur l’écran d’Ingrid est dur et bouleversant. Partagée entre l’envie de l’aimer et l’envie de la secouer pour botter le postérieur d’Ingrid, je trouve le travail de Paula van der Oest dépaysant. Elle a su mettre des images sur le destin tragique d’une femme hors du commun. Ingrid ne souhaitait que la reconnaissance d’un père. Le lien parent/enfant apparaît comme le lien sur nos choix de nos actes futurs. Mandela a vu en elle un écho à la douleur d’un peuple. Les poèmes sont remplis d’une douleur, d’un sentiment de spleen, de tristesse … posées avec talent.

La photographie, le panel de couleurs employées a pris une tournure sublime dans un plan, toute la détresse émotionnelle, son malaise et sa tristesse infinie transparaissent sur un gros plan d’Ingrid. J’ai été submergée par l’émotion sur cette séquence. Loin de tous les mots du monde, ce portrait offre un beauté incroyable de la profondeur de la dépression qui ronge la poétesse.

Si vous voulez découvrir ses poèmes, profitez de la sortie d’un recueil pour les lire: L’enfant n’est pas mort.

Note:XO:9/10

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