[Avis Film] Keeper de Guillaume Senez

Parfois les coups de coeur vous n’arrivez pas à les expliquer.
Parfois ils vous touchent tellement que vous avez peur de ne pas réussir à poser correctement vos émotions.
Keeper en fait partie.
Keeper est un film délicat sur la découverte de la sexualité dans un jeune coupe d’adolescents de 15 ans. Et sur la grossesse qui découle de la relation entre les deux héros, de la découverte de leur corps.

Maxime et Mélanie s’aiment. Ensemble, ils explorent leur sexualité avec amour et maladresse. Un jour, Mélanie découvre qu’elle est enceinte. Maxime accepte mal la nouvelle, mais peu à peu se conforte dans l’idée de devenir père. C’est maintenant décidé : du haut de leurs quinze ans, Maxime et Mélanie vont devenir parents…

Affiche Keeper

Mon avis:

Pour une fois, le regard sur la grossesse se porte sur celui du père en devenir. Je dois dire que j’ai été retournée, bouleversée, étonnée, émue par l’histoire de Mel et Max. Dans un premier temps pour ces 3 petites lettres Max… trois petites lettres que j’ai au quotidien pour avoir un être que j’adore dans mon entourage avec ce diminutif Max. J’ai mon esprit qui a imaginé un Max de 15 ans. Tout le long, impossible de me détacher de cette idée. Il me reste un peu de marge mais allez savoir pourquoi, parfois les neurones ne vous demandent pas votre avis. Ici, c’était le cas, ils se sont pris d’affections pour Max avec un grand A. Avec ses qualités et ses défauts, Max a conquis mon coeur.

Du haut de leur 15 ans, Mel et Max sont maladroits, attendrissants, un peu perdu, en quête d’apprendre tout sur l’autre. Keeper pose les conséquences de leur histoire, de leurs ébats. Sans jamais juger, le ton se pare d’un voile intime s’appuyant sur une photographie tout en pudeur. Max semble être une bombe d’hormones, un peu à penser avec ce qui se situe sous la ceinture, il a sa manière d’aimer Mélanie. Par moments, ses démonstrations, ses mots choquent presque. Comme sa réaction à l’annonce de la grossesse de la jeune fille. Est-ce bien lui le père? Dans la scène, son doute se comprend. Il répercute dans la colonne comme un mauvais jeu, comme un besoin de se prouver quelque chose. L’impression de voir deux gamins, deux enfants pas encore totalement adultes frappent petit à petit dans un coin pour ne plus quitter le spectateur. Comment décider de mettre au monde un enfant à 15 ans?

Le film se centralise sur l’avis de Max, sur ses réactions et celles de son entourage. Jeune joueur de football, il rêve d’être professionnel. Il n’envisageait pas d’être père tout de suite. Il est mis devant ses responsabilités, son manque de contraception avec un gros boum. La nouvelle le percute. Le héros prend rapidement ses décisions. Pour lui tout est simple, direct. Seulement, malgré les phases de doutes, de résignation, d’acceptation, la grossesse de Mélanie ne le concerne pas totalement. Tout le monde lui fait comprendre. Seule la jeune fille compte. Son corps ses décisions, peu importe le coeur du jeune homme. Personne ou presque ne se soucie de son ressenti, de ses sentiments. Mon coeur de maman s’est serré devant. Difficile de ne pas avoir envie de laisser s’exprimer Max. Difficile de ne pas avoir envie de l’accompagner dans sa volonté de devenir père. Rester sur le banc de touche, tout en étant accuser de ne pas assumer. Une boule de frustration se forme. Une grosse.

Face à Mel et Max, les parents n’ont pas les mêmes réactions. La mère de Mel rejette tout. Elle se revoit jeune, c’est comme un retour dans le passé. La mère de Max est prête à le soutenir peu importe si le jeune couple garde ou non le bébé. La volonté des adultes s’avèrent encrées par le vécu de chacun, erreur ou non, la grossesse est là, bien présente. Comment faire face? Etrangement, j’ai compris les deux visions des familles. J’ai pas adhéré à une en particulier. Pas du tout, mais j’ai saisi le fond. J’ai eu des pincements, eu envie d’hurler mais j’ai serré les dents. J’ai pensé à tous ces jeunes qui vivent la même situation.

Le gros atout de Keeper repose sur l’interprétation de ses deux jeunes comédiens. Ils possèdent une fraicheur, une innocence qui captivent. Kacey Mottet Klein est un Maxime qui doute, maladroit, assumant ses hormones, ses désirs et son amour. Face à lui, j’ai complètement craqué pour la douceur de Galatéa Bellugi une sublime Mélanie. Ils forment un couple réaliste, touchant. Les deux sont une facette de cette jeunesse qui se cherche, se découvre et n’a pas terminé de grandir. Leur innocense se fauche dramatiquement.

Guillaume Senez signe un film intimiste, délicat, troublant, qui parvient à passer un message, un regard sans étouffer sous un jugement. Magnifique du début à la fin, parfois maladroit comme ses héros, parfois proche d’une innocence désarmante, le fil laisse les blancs parler, chacun les remplira avec ses ressentis, son passif et son actif. Troublant, émouvant. Le sourire surgit par moments, les larmes aussi. Complexes sous ses airs teintées de gammes douces, intimes, les sentiments des adolescents cachent le regard des adultes face à des enfants qui n’en sont plus mais n’ont pas encore l’âge de raison.

Keeper réussit à faire naître une multitude de sentiments. Sans pousser dans les cordes, Mel et Max emportent dans leur amour d’adolescents, comme si nous devions voir cette jeunesse qui brûle de découvrir le monde et s’en mord parfois les doigts dans sa hâte. Un coup de coeur à ne pas rater.

Bande annonce:

Ma note:
9,5/10
Coup de coeur

Informations:
Date de sortie 23 mars 2016
Distributeur: Happiness Distribution
Durée: 1h 31min
De Guillaume Senez
Avec Kacey Mottet Klein, Galatéa Bellugi, Catherine Salée
Genre Drame
Nationalités Belge, Français

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